Le savon surgras, qu'est-ce que c'est?

La saponification à froid produit naturellement un savon "surgras". On vous dit comment...

Que signifie ce terme de « surgras » ?

Tapez « savon surgras » dans une fenêtre internet et vous aurez énormément d’informations, tant au sujet des savons industriels vendus en grandes surfaces, que ceux vendus en boutiques, en (para)pharmacies (pains* surgras) mais aussi les savons industriels vendus sur les marchés locaux qui côtoient les vrais savons des artisans savonniers.


Dans l’appellation « Savon surgras », nous avons d’abord le mot savon.

Sachez que les industriels qui fabriquent du savon (pas du détergent mais du savon, c’est déjà mieux) le font généralement à partir de copeaux de savons appelés bondillons, fabriqués eux-mêmes industriellement par d’autres entreprises. Ces bondillons de savon ne contiennent déjà plus de glycérine ! En effet, la glycérine naturelle résultant de la saponification industrielle est vendue séparément de façon plus rentable, pour d’autres préparations cosmétiques.

Si le marché le souhaite, le fabricant de savon industriel ajoutera de la glycérine, naturelle ou de synthèse (!) en fin de fabrication, à hauteur de +/- 1% contre 6 à 7 % en saponification à froid artisanale.

Quant au terme « surgras » il informe généralement le consommateur qu’une huile ou beurre végétal a été ajouté au produit savon pour améliorer l’hydratation, la souplesse et la protection de la peau. Habituellement, l’huile d’amande douce, le beurre de Karité, ont la cote auprès du grand public, à côté des argiles et autres ingrédients en vogue comme l’Aloé Véra. En boutique, on trouvera également l’huile d’argan, l’huile de vison (oui, vous avez bien lu), ...  Malheureusement, si l’annonce de ces ajouts « précieux » remplit une partie importante de l’emballage, on ne les retrouve qu’en infimes quantités dans le savon (parfois ... moins de 1%). 

Profit quand tu nous tiens !!!


Revenons-en à la saponification artisanale.

Le savon résulte de la réaction de produits gras avec une solution caustique.

Il y a (fort fort) longtemps, on utilisait de la graisse animale de chèvre, de sanglier, de cochon, ... que l’on mélangeait à une solution faite d’eau et de cendres de bois brulé pour obtenir une « pâte lavante » qui nettoyait mieux les tissus qu’un simple trempage-battage dans la rivière ou au lavoir public.

Ce n’était pas vraiment l’époque où l’on prenait un bain, encore moins une douche pour être propre et sentir bon, mais c’était un bon début.

Tout le monde connaît le savon d’Alep. Il s’agit d’une saponification par une cuisson de 72 heures dans d’énormes cuves en cuivre, d’un mélange d’huile d’olive avec de l’eau et de la soude végétale produite par la salicorne. La proportion d’huile de baie de laurier ajoutée en fin de préparation détermine le niveau de surgras du savon ainsi que l’effet souhaité sur la peau.

D’une certaine façon, le savon d’Alep, produit naturel par excellence, est l’ancêtre de tous les savons. Mais c’est un savon « cuit ». Et cette cuisson modifie, voire altère, les propriétés finales des huiles utilisées pour la fabrication du savon.

La saponification à froid utilise généralement des huiles ou beurres végétaux, de bonne qualité et si possible bio. La solution caustique, quant à elle, se prépare avec de l’eau peu minéralisée voire déminéralisée et de la soude caustique pure aussi appelée hydroxyde de soude (NaOH). On utilise l’hydroxyde de potassium (KOH) mélangé en différentes proportions avec l’hydroxyde de sodium (NaOH) pour fabriquer des savons liquides.

La réaction chimique s’énonce comme suit : 

Huiles + Solution caustique => savon + glycérine.

Ça c’est la version simplifiée et facile. Voyons cela plus en détails

Parlons des « Huiles ». 

Pour transformer une quantité d’huile en savon et glycérine il faut une quantité de solution caustique qui varie en fonction de l’huile utilisée. Ainsi, il faut « en moyenne » 192 grammes d’hydroxyde de Potassium pur pour transformer 1000 grammes d’huile d’olive en savon et glycérine. On dit que l’indice de saponification de l’huile d’olive est de 0,192. 

Si on veut fabriquer du savon solide, ce qui est généralement le cas, on utilise alors de l’Hydroxyde de Soude. Il suffit de diviser la quantité de KOH (Hydroxyde de potassium) par 1,4025 pour obtenir la quantité de 120,05 grammes de NaOH nécessaire à la réaction complète. 

Le plus dur est dit. Mais il reste à nuancer.

Pourquoi dit-on « en moyenne » et « environ » alors qu’il s’agit de calculs précis avec des produits réputés dangereux comme la soude caustique ? Pour une raison toute simple : L’indice de saponification de l’huile d’olive (0,192) est une moyenne ou une tendance généralement admise pour cette huile. Car en effet, certaines huiles d’olive auront un indice de 0,184 alors que d’autres pourront aller jusqu’à 0,196. Cela dépend de nombreux facteurs comme la variété ou l’âge des oliviers, le type de terrain, le type de culture, le climat, l’altitude, l’année de la récolte, ... et l’âge du producteur (non, ça c’est pour rire).

Ceci explique cela :

Étant donné que le produit fini, le savon, doit être sain et non caustique pour la peau de l’utilisateur, on prend une marge de sécurité en utilisant plus d’huile que nécessaire. C’est ce qu’on appelle le « surgraissage par réduction de soude ».

Encore quelques chiffres : Pratiquement, une huile d’olive ayant un indice de saponification de 0,184 n’aura besoin que de 184 grammes de soude caustique pour réagir complètement avec lesdits 1000 grammes d’huile. A l’opposé, 1000 grammes d’huile d’olive d’une autre région nécessiteront 196 grammes de soude caustique. Soit une différence de masse de soude caustique de 12 grammes.

En utilisant la valeur la plus fréquente d’indice de saponification, soit l’indice de 0,192 pour l’huile d’olive dans le premier cas, 43 grammes d’huile d’olive seront en trop et participeront à une forme de surgraissage (environ 4,3% de la masse d’huile). Dans le deuxième cas, il y aura trop de soude caustique car il manquera précisément 21 grammes d’huile d’olive pour que la réaction soit complète, soit 2,1% de la masse d’huile.

En conséquence, un artisan savonnier prendra toujours la précaution d’utiliser plus d’huile que nécessaire pour éviter ce risque. Et il y a plusieurs façons de résoudre le problème :

La première solution est de fabriquer un savon à base d’huile d’olive dont le surgraissage est au moins supérieur au cas extrême rencontré pour cette huile. On peut ainsi affirmer que tout savon à l’huile d’olive fabriqué avec un calcul de surgraissage de minimum 2,1% garantira un savon au pire neutre (surgraissage 0%), au mieux surgras à 6,4% (2,1 + 4,3 %). A cela il faut aussi ajouter que la saponification de ce kilo d’huile d’olive générera une quantité non négligeable de près de 8% de la masse totale en glycérine. Mais la glycérine, si elle est excellente pour la peau, n’en est pas pour autant une huile.

La deuxième solution pour pallier cette disparité de l’indice de saponification, la plus fréquente et pour d’autres raisons également, est que pour fabriquer un savon avec des caractéristiques intéressantes, on prépare en général un mélange de plusieurs huiles et beurres. Chacune de ces huiles et chacun de ces beurres possède un indice de saponification qui lui est propre. Et statistiquement, les écarts des différents indices tendront à se neutraliser les uns les autres. Ainsi, si j’utilise une huile d’olive avec un indice de saponification plus élevé que l’indice généralement utilisé dans les calculs, il pourra éventuellement être atténué par un indice pour le beurre de karité plus faible que celui généralement attendu.

La troisième solution est de prévoir un surgraissage supplémentaire, le fameux « deuxième surgraissage », pour s’assurer dans le pire des cas que le savon sera bien surgras par excès d’huile. Ce surgraissage se fait toujours en fin de préparation, à un moment appelé « la trace » » avec une huile dite « précieuse » dont on souhaite préserver tous les bienfaits pour la peau en évitant autant que possible qu’elle ne réagisse avec la soude caustique.

Chaque artisan savonnier a sa pratique mais chaque méthode est garante d’un produit sain et de qualité.

Prenons un exemple simple en fabriquant un savon à base d’huile d’olive, d’huile de coco et d’huile d’amande douce. Le but est de fabriquer un savon surgras à environ 8% et bénéficier au maximum des bienfaits de l’huile d’amande douce.

Grâce à un calculateur (Mendrulandia, Soap Calc, ...) ou à une feuille de calcul pour se libérer d’internet, on va calculer « précisément » la quantité de soude caustique pour obtenir un savon surgras à 3% par « réduction de soude ». Comme expliqué plus haut, en fonction de la variété de l’huile d’olive, elle sera au pire neutre à partir de 2,1% de surgraissage mais pourra atteindre un surgraissage de 6,4% en prenant l’indice moyen de 0,192. On suit la même approche pour l’huile de coco. Là on est assurément dans le bon, le produit fini ne sera donc pas caustique !

Ensuite, et pour arriver finalement à une valeur théorique de 8% de surgraissage, on ajoutera 5% de la masse d’huile initiale en huile d’amande douce, soit 50 grammes d’une bonne huile d’amande douce bio. Cette huile sera mélangée en fin de préparation de la pâte lorsque l’on aura, à l’aide d’un mixer, préparé une émulsion entre l’huile d’olive et la solution caustique. L’huile d’amande douce sera mélangée, et non mixée, à la préparation. Cette huile ajoutée et mélangée va augmenter le surgraissage tout en évitant qu’elle ne soit détériorée par la réaction au sein de l’émulsion. D’un point de vue pratique, le produit fini sera donc un savon surgras dont la valeur calculée sera de 8 % mais qui sera au pire surgras à 5,9 %, dont 5% à l’huile d’amande douce, au mieux surgras à 11,4% dont ... 5% à l’huile d’amande douce. Ce qui était finalement le but !


C’est un peu indigeste, je vous l’accorde. Mais il est, à mon humble avis, utile de savoir qu’un produit d’apparence aussi simple qu’un bon savon nécessite un minimum de connaissances et de précautions lors de son élaboration pour fournir un produit de qualité, sain et bon pour la peau. 

Et c’est bien là la raison pour laquelle on utilise un vrai savon artisanal plutôt qu’un simple détergent.

Dans le prochain sujet, je vous le promets, ce sera beaucoup plus simple : pas de chiffres ! Juste des informations à propos des différentes caractéristiques sur lesquelles le savonnier artisanal peut agir pour produire un savon plus ou moins hydratant, moussant, crémeux, soluble, dur, lavant, ... uniquement par le choix des huiles et le taux de surgraissage. Le « sur mesure », la haute couture, la gastronomie, ... faite bulles !

A bientôt,
Bruno, Artisan savonnier


* Pain : un mot qui ne désigne pas vraiment du savon mais bien un produit de toilette qui s’y substitue

KissPlanet propose des savons artisanaux naturellement surgras.

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